AMDEC : méthode, calcul de la criticité et exemple chiffré
17 juillet 2026
Un risque identifié en réunion, coté « à l’instinct », puis oublié dans un compte-rendu — c’est la façon la plus sûre de le voir se transformer en non-conformité six mois plus tard. L’AMDEC sert exactement à éviter ça, à condition de savoir vraiment calculer une criticité et d’agir quand elle dépasse un seuil. Voici la méthode, avec un exemple chiffré sur un procédé industriel.
AMDEC, ça veut dire quoi ?
AMDEC signifie Analyse des Modes de Défaillance, de leurs Effets et de leur Criticité (l’équivalent anglais est FMEA — Failure Mode and Effects Analysis). C’est une méthode qui liste, pour un produit ou un procédé, tout ce qui peut mal tourner, pourquoi, avec quelles conséquences — et qui chiffre la priorité à traiter chaque risque plutôt que de les traiter tous pareil.
Les trois facteurs qui composent la criticité
Chaque mode de défaillance est coté sur trois facteurs, en général sur une échelle de 1 à 4 :
- Gravité (G) — l’impact si la défaillance se produit. 1 = effet mineur, à peine perceptible ; 4 = catastrophique (arrêt de production, non-conformité client, sécurité).
- Occurrence (O) — la fréquence probable de la défaillance. 1 = rare, jamais observée ; 4 = fréquente, déjà arrivée plusieurs fois.
- Détectabilité (D) — la capacité à repérer le problème avant qu’il n’ait un impact. 1 = toujours détecté avant conséquence ; 4 = indétectable, découvert trop tard.
Criticité = Gravité × Occurrence × Détectabilité. Sur une échelle 1-4, le score maximum est 64. Au-delà de 24, le risque est considéré critique et doit déclencher une action corrective tracée — pas juste une note dans un compte-rendu de réunion.
Pourquoi la cotation part souvent en vrille
- Pas de grille de référence. Sans définition écrite de ce que veut dire « Gravité = 3 » pour votre activité, chaque participant cote avec son propre curseur — deux personnes notent différemment le même risque.
- Confondre Occurrence produit et Occurrence process. La fréquence à coter est celle de la cause, pas celle du symptôme final — sinon la Détectabilité compense artificiellement une cause mal maîtrisée.
- Une criticité calculée mais jamais reprise. Coter un risque à 32 sans assigner d’action corrective avec un responsable et une échéance ne fait que documenter le problème, pas le réduire.
- Pas de re-cotation après action. L’intérêt de l’AMDEC est de mesurer la criticité résiduelle une fois l’action corrective en place — sans ça, impossible de prouver qu’un risque est réellement sous contrôle.
Exemple chiffré : ligne d’assemblage
Sur une ligne d’assemblage de sous-ensembles électroniques, trois modes de défaillance identifiés en revue :
| Mode de défaillance | Effet | G | O | D | Criticité |
|---|---|---|---|---|---|
| Connecteur mal serti | Panne intermittente chez le client | 4 | 2 | 4 | 32 — critique |
| Étiquette de traçabilité illisible | Retard au contrôle qualité | 2 | 3 | 2 | 12 |
| Vis de fixation sous-couple | Jeu mécanique après vibrations | 3 | 2 | 3 | 18 |
Seul le connecteur mal serti (32, au-dessus du seuil de 24) déclenche une action corrective immédiate — ici, l’ajout d’un contrôle visuel systématique en sortie de sertissage, qui fait chuter la Détectabilité de 4 à 1. Recalculée : 4 × 2 × 1 = 8. Le risque est sorti de la zone critique, et cette criticité résiduelle est ce qui prouve — en revue de projet — que l’action a été efficace, pas juste mise en œuvre.
Comment la mettre en place en 4 étapes
- 1. Listez les modes de défaillance par composant ou étape de procédé, avec leur cause et leur effet — pas juste « ça casse », mais pourquoi et sur quoi ça se répercute.
- 2. Fixez une grille de cotation partagée avant de coter quoi que ce soit : ce que signifie concrètement chaque niveau de 1 à 4 pour votre activité, pour que deux personnes cotent pareil.
- 3. Cotez en groupe, pas seul — la valeur de l’AMDEC vient autant de la discussion que du chiffre final.
- 4. Assignez une action corrective à tout ce qui dépasse le seuil critique, avec un responsable et une échéance, puis recotez après mise en œuvre pour vérifier la criticité résiduelle.
Et après ?
Une AMDEC isolée dans un fichier Excel perd de sa valeur dès que l’action corrective se perd dans un autre outil. L’intérêt réel apparaît quand chaque risque coté au-dessus du seuil critique alimente directement le plan d’action du projet, avec le bon responsable au sens RACI — c’est le sujet du guide méthodes de gestion de projet industriel.